Une convention de partenariat a été signée le 9 juin 2025, à Yaoundé, entre Elections Cameroun (ELECAM) et le système des Nations Unies après mûre réflexion. Bien que technique et administrative, cette convention marque un tournant dans la manière dont les élections seront désormais préparées et assistées au Cameroun jusqu’en 2027. Étant donné que ce partenariat d’assistance technique pour le cycle électoral 2025-2027 a suscité de vives critiques dans les médias traditionnels et sociaux, certaines clarifications doivent être apportées à la lumière des faits, du droit et du contexte historique.
Une convention sollicitée, judicieusement préparée, puis signée en toute transparence institutionnelle
Contrairement à certaines interprétations, ce partenariat n’est ni un acte impulsif ni un acte obligatoire. Il s’agit plutôt du résultat d’un processus long et planifié. En mai 2024, dans le cadre de ses missions juridiques de préparation des élections, ELECAM a officiellement sollicité l’assistance technique des Nations Unies. L’objectif était très clair : accroître la transparence, améliorer l’inclusion et renforcer la confiance des citoyens dans l’intégrité des processus électoraux.
Cette demande a été suivie d’une mission d’information déployée au Cameroun par le Secrétaire général de l’ONU du 1er au 12 juillet 2024. Au cours de cette mission, toutes les parties prenantes, notamment les institutions de l’État, les partis politiques, l’administration, la société civile, les observateurs électoraux, les médias ont été consultés. Sur cette base, une analyse approfondie a été effectuée pour servir de base à la convention sur l’assistance technique.
Ce que stipule la loi : les partis politiques font partie intégrante du processus électoral
Les articles 52 à 68 du Code électoral camerounais prévoient l’inclusion des partis politiques dans toutes les phases du processus électoral. Les commissions électorales paritaires, tant au niveau local que national, sont composées de représentants de chaque candidat ou liste de candidats, ainsi que de représentants de l’administration et d’ELECAM. De même, l’article 11-2 oblige le Conseil électoral à tenir des consultations avec l’administration, le pouvoir judiciaire, les partis politiques et la société civile afin d’assurer une gestion collective et pacifique des scrutins.
C’est dans ce contexte que s’est tenue en novembre 2024 la dernière plateforme nationale de concertation permanente entre ELECAM et les autres parties prenantes du processus électoral à l’hôtel Mont Fébé à Yaoundé. À cet égard, des invitations officielles ont été distribuées, l’accès a été accordé à tous. Mais rejoindre le train en marche restait libre. L’exclusion, ici, dépendait davantage de la libre volonté de chaque partie prenante que de l’obstruction.
L’ONU, un acteur historique de l’aide démocratique à travers l’Afrique
Dès les années 90, le système des Nations Unies a joué un rôle essentiel dans le soutien aux processus électoraux dans le monde entier, en Afrique en particulier, couvrant plus de 100 pays, dont plus de 40 en Afrique subsaharienne, où l’ONU a fourni un soutien technique, logistique ou institutionnel aux organes nationaux de gestion des élections. L’expertise électorale de l’ONU est reconnue du Libéria à la RDC, du Burkina Faso à Madagascar pour son impartialité, sa méthodologie rigoureuse et son respect scrupuleux de la souveraineté nationale.
Au lieu d’organiser des élections à la place des États membres, l’ONU accompagne, forme le personnel, consolide et stabilise les processus électoraux. Le Département des affaires politiques et de la consolidation de la paix (DPO) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), précurseurs de cette assistance, agissent à la demande expresse des gouvernements. À cet égard, le Cameroun, État membre actif de l’ONU, n’échappe pas à la règle.
Un partenariat de longue date, dans le strict respect de la souveraineté de notre pays
Ce n’est pas la première fois que le Cameroun collabore avec les Nations Unies en matière électorale. En 2011 et 2018, le PNUD a apporté son soutien à des programmes d’éducation et de formation civiques. L’ONU est un partenaire de longue date dans des domaines sensibles tels que la gouvernance locale, les droits de l’homme, la justice ou encore la consolidation de la paix dans les régions touchées par des crises.
Ce nouveau partenariat ne modifie en rien le cadre juridique en vigueur ni les missions d’ELECAM. Son seul objectif est de consolider les instruments existants : une formation plus efficace des agents électoraux, un soutien logistique ciblé, l’inclusion des groupes sous-représentés (femmes, jeunes, personnes handicapées) et l’amélioration de la communication institutionnelle. ONU-Femmes, UNESCO, CDH, OIM, FNUAP… sont quelques-unes des agences impliquées dans ce projet multidimensionnel.
Notre responsabilité envers tous est de satisfaire aux exigences éthiques et au devoir patriotique
À cette phase du processus électoral, chaque partie prenante, notamment ELECAM, l’administration, les partis politiques, la société civile, les médias, les citoyens, doit réfléchir au rôle qu’elle entend jouer pour promouvoir la paix, la démocratie et la stabilité dans le pays.
L’histoire contemporaine du Cameroun, tout comme celle d’un bon nombre de pays de la sous-région, a montré que les périodes électorales sont des moments à haut risque. Les tensions politiques sont aggravées par la vulnérabilité informationnelle. Dans un monde en proie à des rumeurs, des fausses nouvelles et des discours de haine, toute fausse interprétation ou propos malveillant peut jeter le doute, saper la cohésion sociale et compromettre la paix.
La démocratie dépend d’un pacte de responsabilité collective. Aucun organe, quelle que soit sa puissance, ne peut à lui seul garantir des élections crédibles, car c’est la compilation des engagements individuels et collectifs de respecter les lois, d’écouter avant de condamner, de dialoguer plutôt que de dénoncer qui permet aux institutions de fonctionner et aux résultats de refléter la volonté des masses.
Il est primordial que les dirigeants politiques soient à la hauteur de leur rôle pédagogique, que les médias renforcent leur rigueur éthique, que la société civile participe sans se substituer et que les électeurs soient informés et non manipulés. L’éducation civique, la patience démocratique et la culture du débat constituent les piliers de toute République moderne.
Une convention technique, un enjeu politique, une opportunité collective
Le partenariat entre ELECAM et les Nations Unies n’est pas un stratagème. C’est un tremplin pour consolider le processus électoral qui, plus que jamais, mérite la confiance des Camerounais. Les élections de 2025, et des années suivantes, seront décisives pour l’avenir de notre démocratie. C’est pourquoi il est du devoir de tous d’être à la hauteur pour la postérité.
L’assistance électorale n’est pas un signe de faiblesse, c’est un signe de maturité institutionnelle et de volonté de progresser. A travers ELECAM, le Cameroun adresse un message fort et clair à la communauté internationale : l’institution a fait le choix de consolider la démocratie et non pas la méfiance, mais à travers la coopération, l’inclusion de chacun et la transparence. © DCRP/FACT-CHECKING/ELECAM
