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Ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats du Cameroun et candidat à l’élection présidentielle du 12 octobre prochain, Me Akere Muna conteste la validité de la candidature du président sortant Paul Biya. Investi par le parti Univers, Me Akere Muna a déposé un recours devant le Conseil constitutionnel.

Le président camerounais Paul Biya, leader du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), lors de la dernière élection présidentielle, à Yaoundé, le 7 octobre 2018. 

© AP Photo/Sunday Alamba 2 minutes de lecture

L’affaire fait la Une de certains journaux camerounais parus ce mercredi 20 août. La veille, comme en atteste le cachet du greffe de son secrétariat général, le Conseil constitutionnel a reçu la requête en constatation d’inéligibilité du président de la République sortant Paul Biya, introduite par Me Akere Muna, lui-même candidat au scrutin du 12 octobre prochain.

“Une incapacité à assumer les exigences d’un scrutin public”

L’ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats du Cameroun demande que la candidature de Paul Biya soit invalidée, car, à 92 ans, chacune de ses apparitions publiques “est désormais chorégraphiée pour masquer sa dépendance et ses limites physiques. Les protocoles sont adaptés non pas pour servir le peuple, mais pour accommoder un homme dont l’état exige une assistance permanente”.

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“Cette situation n’est pas seulement une question d’âge”, souligne Me Akere Muna dans sa requête. “C’est une violation flagrante de l’article 118 de la Loi électorale, qui interdit à quiconque, du fait de sa propre situation, de se placer dans un état de dépendance incompatible avec l’exercice autonome du pouvoir”.

Et pour étayer son argumentaire sur l’incapacité du président Biya à assumer les exigences d’un scrutin public, le candidat du parti d’opposition Univers rappelle que depuis plus de dix ans, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir, n’a réuni aucun de ses organes statutaires en présence de son leader.

Mais surtout, il précise : “Lors du sommet États-Unis-Afrique de décembre 2022, le président Paul Biya a présenté un comportement alarmant, révélateur d’une profonde dépendance physique et cognitive. Les images diffusées ont montré un dirigeant manifestement désorienté, semblant ignorer où il se trouvait et pourquoi il y était”.

Outre les absences prolongées et répétées du chef de l’État camerounais (42 jours consécutifs à l’étranger en 2024), Me Akere Muna pointe du doigt sa gouvernance par procuration: des instructions données par des tiers non élus, y compris des fonctionnaires censés être apolitiques.

“Une institution manifestement aux ordres”

Répondant récemment à l’une de nos questions sur la création d’un comité stratégique informel par le secrétaire général à la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, le politologue camerounais Aristide Mono soulignait, lui aussi, cette gouvernance par procuration. 

“Les différentes concertations lancées par le secrétaire général à la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, qui n’a pas de fonction assez importante au sein du parti pour conduire ce type d’initiative, révèle tout simplement l’état de présidence par procuration dans lequel se trouve depuis quelques années le Cameroun”, affirmait Aristide Mono.

Pour nombre d’observateurs de la scène politique camerounaise, la requête de Me Akere Muna semble fondée, d’autant qu’elle s’appuie notamment sur son état de santé qui ne lui permettrait plus de jouer son rôle. “Il est surprenant quand même qu’un candidat à la présidentielle soit totalement invisible”, nous a ainsi précisé Jean-Bruno Tagne, journaliste et directeur général de la chaîne web NAJA TV.

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Ancien élu municipal ayant depuis quitté le parti au pouvoir, le RDPC, Léon Theiller Onana avait lui aussi estimé que le président au pouvoir depuis 43 ans, n’a ni la légitimité ni la capacité de briguer un huitième mandat. Mais il a vu sa candidature rejetée par le Conseil constitutionnel.

Ce précédent n’incite pas le journaliste Jean-Bruno Tagne à l’optimisme. “Sauf miracle, le Conseil constitutionnel va soit se déclarer incompétent, soit juger le recours irrecevable. C’est un classique que sérine presque machinalement cette institution manifestement aux ordres”.

Sollicité par RFI, le ministre Grégoire Owona, secrétaire général adjoint du Comité central du RDPC, assure que le parti présidentiel prépare sa réponse destinée au Conseil constitutionnel.

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